1995-2013 : Inventaire des poésies numériques en ligne

Lorsque, vers le milieu des années 90, le web entame son extension à grande échelle, nombre de poètes impliqués depuis la décennie antérieure dans la poésie programmée, souvent en opposition avec d'autres courants restés attachés au support papier, réagissent vite et avec enthousiasme : lls perçoivent dans le réseau la promesse d'une visibilité multipliée pour leurs travaux, le terrain idéal pour des expériences créatives nouvelles (oeuvres collaboratives, récupération de données en
temps réel sur le web...) ou prolongeant des pratiques antérieures (mail art ) et, enfin, la possibilité d'échanges et métissages accrus et enrichis.
De fait naissent et se multiplient rapidement des sites (Tapin, Docks_On_Line...) et des listes (TapinBlabla...) en partie ou en totalité engagés dans cette voie. Quel bilan dresser aujourd'hui de cet investissement précoce et des espérances alors soulevées? - Pour répondre on peut, s'agissant du point de départ, s'appuyer sur le corpus rassemblé par la revue DOC(K)S, qui consacre en 1997 un
numéro et un CD-ROM à un premier inventaire des oeuvres et sites poétiques en ligne à l'échelle internationale. Actualisé, un inventaire du même ordre fait apparaitre des différences significatives : si le nombre des poètes présents sur le web a augmenté de façon considérable, il ne s'agit la plupart du temps que de simples "blogs", vitrines pour des travaux qui ne relèvent pas du numérique programmé. A l'inverse, peu de sites généralistes ou "portails" clairement dévolus aux poésies
numériques. Les listes évoquées se sont éteintes. Les animations proposées n'ont recours qu'aux formes les plus banales de l'interactivité et des fonctionnalités que la programmation autorise.
Quant à l'accroissement de la réception et de la visibilité des travaux poétiques programmés rien n'indique que l'objectif aie été atteint. Les seuls espaces du réseau où apparaissent des travaux de ce genre sont du type DailyMotion, Vimeo ou YouTube, sous forme de documents videos liés à des manifestations externes au web, documents qui font en général l'objet d'un nombre restreint de consultations, à peine supérieur à ce qu'il en est pour d'autres du même genre mais liés à la poésie
sonore ou à la performance.
Si ce constat est exact, comment l'expliquer: plusieurs pistes peuvent être envisagées, notamment celle de la multiplication des dispositifs sécuritaires sur le réseau qui rend aujourd'hui difficile, sinon impossible, la diffusion en ligne des travaux programmés les plus actuels. Car, loin de s'éteindre ou essoufler, c'est paradoxalement à l'apparition de pratiques novatrices et enrichies, notamment quant aux formes de l'interactivité ou aux supports technologiques investis (applications Iphone...), que l'on a pu assister ces dernières années: sinon qu'elles ont mûri à l'extérieur du réseau et se rencontrent dans des événements ou manifestations "réelles", spécialisées (ePoetry) ou connectées à d'autres secteurs artistiques (danse, théâtre, arts plastiques, musique...) mais n'offrant pas (ou rarement) les conditions optimales pour la réception, la compréhension et la
manipulation de ces oeuvres.
Dans la mesure où les seuls supports adéquats à la publication de travaux programmés complexes (DVD,CD) sont très probablement voués à une prochaine disparition, quelles solutions envisager pour des expériences fondamentalement contemporaines et cependant largement absentes du web?

Conference_year: 
2013